Pourquoi nous aimons les données !

par Matthieu Savary, le 09 juillet 2014

Pour l'édition du deuxième trimestre 2014 du magazine Influencia nous étions invités à publier une tribune sur la Data. Chez User Studio les données font partie des matériaux du quotidien : nos rôle d'innovateurs et designers nous mènent en permanence à mettre en scène des données – la fameuse data visualisation – pour les rendre compréhensibles, accessibles.

C’est grâce à la science que chaque action humaine a pu être modélisée, et ainsi transformée en données. L’informatique a ensuite proposé de nouveaux moyens pour les collecter et les traiter. Aujourd’hui les données sont partout, et permettent tant de modéliser le climat ou de repérer des maladies génétiques… que d’anticiper les comportements des consommateurs. C’est sûrement formidable pour certains, mais pas forcément toujours très rassurant. Pourquoi les données ne seraient-elles pas véritablement accessibles, utiles, inscrites dans nos usages quotidiens ? Et même, à l’instar des matériaux qui couvrent nos objets et peuplent nos espaces, pourquoi ne deviendraient-elles pas objet d’émotion, voire de plaisir ?

Certes, les gouvernements et entreprises, principaux producteurs et exploitants de données ont fait quelques efforts. Depuis peu, sur de nombreux portails nous pouvons ainsi accéder à de grands volumes de données : les fameuses “Open Data”. Mais cette accessibilité-là demeure encore toute relative, et les données restent froides et désincarnées. Pour faire des données un réel matériau du quotidien, nous pensons qu’il convient d’avancer sur la compréhension, mais surtout l’usage et les nouveaux modes d’interactions qui nous permettront de les manipuler. C’est seulement alors qu’elles cesseront de se cantonner à des logiques comptables pour devenir les instruments de produits et services réellement utiles et désirables pour nous autres, êtres sensibles, les humains.



Des données aux informations

Les données n’ont aucun intérêt. C’est leur interprétation, leur « in-formation » qui leur confère du sens.

Les données n’ont aucun intérêt. C’est leur interprétation, leur “in-formation” qui leur confère du sens. Plusieurs approches sont possibles, dont évidemment celle du journaliste qui consiste à coucher dans un texte l’analyse des données considérées. Chez User Studio nous aimons les images et sommes convaincus qu’elles sont souvent plus parlantes que les mots. En l’occurrence traiter les données pour qu’elles soient aisément lues et agréables à regarder fait appel à une pratique très en vogue appelée “Data Visualization”, ou visualisation de données : un mariage de méthodes et techniques variées qui permettent d’exploiter des masses de data de manière relativement automatique (à partir du moment où l’on sait les choisir et s’en servir, bien entendu).





Le clavier et la souris sont l'héritage d'un âge informatique quasiment révolu.

Pour en faire la démonstration auprès de nos clients, nous avons crée Culture is Data : le rapport non-officiel et foncièrement visuel de la Culture en France en 2012. Il donne un aperçu des possibilités offertes par l’extraction et l’analyse, puis la représentation d’une grande quantité de données ouvertes issues du Ministère de la Culture et de la Communication. Au travers de ce projet nous posons la question : pourquoi les rapports annuels de nos institutions publiques ne ressembleraient-ils pas à cela ? Ne serait-ce pas un moyen de valoriser ce bien commun ?


De la “Data Viz” à la “Data Use”…

L’objet du projet Refact est de permettre à chacun de voir une activité quotidienne sous un autre jour : passer des coups de téléphone à partir de son mobile, envoyer des SMS. Et ainsi de mieux comprendre ses usages… pour éventuellement changer d’opérateur.

Ce concept de service propose à chacun de téléverser ses factures téléphoniques mensuelles sur une plate-forme en ligne. Instantanément analysées, ces dernières permettent de fournir des informations inédites sous forme visuelle. Le service ne s’arrête cependant pas là : il permet de comparer de manière interactive les consommations, d’entrer dans les détails d’une relation téléphonique… Ce que nous aimons appeler “Data Use” — un terme qui, à nos yeux, symbolise ce mouvement naissant où la monstration est dépassée par l’interaction. En somme nous avons imaginé ce que tout opérateur téléphonique devrait fournir à chacun : un service facile à prendre en main, respectueux de l'usager qui n'est pas une machine à produire et lire des listes et qui mérite d’avoir un accès informatif à ses données ! D’ailleurs les opérateurs ne pourraient-ils pas y voir une opportunité pour créer une “expérience client” plus attrayante, différenciante ?


Toucher du doigt

Le clavier et la souris sont l'héritage d’un âge informatique quasiment révolu. Ok, on exagère un petit peu. Mais pas tant que ça : nous pensons que de nouveaux modes d’interaction avec les machines, adaptés à la “manipulation” des grandes quantités de données, préfigure une nouvelle ère.

Les images sont souvent plus parlantes que les mots

Voilà pourquoi nous avons développé DIRTI for iPad, la première interface au Monde qui permet de contrôler sa tablette avec du tapioca. Ce prototype d’interface “hyper-tangible” – issu de notre R&D et développé en partenariat avec le laboratoire de recherche ISMM de l’IRCAM ainsi que le designer sonore Roland Cahen – préfigure une vision du futur où l’homme interagit avec la machine aussi naturellement qu’un enfant joue dans le sable. En passant sa main dans le bac à tapioca, l’utilisateur déplace les graines pour faire réagir les pixels et les sons de l’application iPad associée. Il fait intuitivement le rapprochement entre le matériau qu’il manipule et les données qu’il contrôle…


Des services aimés


Tout nouveau médium requiert un temps d’appropriation. Si la maîtrise technique des données semble avancer d’un bon pas, il est maintenant temps de l’accompagner d’un élan plus soutenu en matière d’accessibilité, et même de désirabilité. La visualisation de données avait inauguré cet enjeu il y a plusieurs années déjà. La nouvelle frontière, celle que nous explorons avec des entreprises pionnières, est celle de l'usage des données, ou “Data Use”. C’est uniquement comme cela que les données intégreront des produits ou services adoptés et aimés !